La langue française est de plus en plus nourrie d’anglicismes. Ce n’est pas nouveau mais on peut convenir que le phénomène s’est accéléré ces vingt dernières années avec la globalisation et l’ère du digital, sans parler des termes marketing.
Il pourrait être plus étonnant a priori de découvrir dans la langue anglaise de nombreux « frenchisms » ! Pas si surprenant quand on y réfléchit : le français fut longtemps la langue internationale. C’était la langue de la diplomatie, et l’est encore dans une moindre mesure ; c’est la langue de la cuisine, de la mode, mais aussi de la danse classique, de l’escrime (clin d’œil à ma filleule)…

Les frenchisms les plus connus sont peut-être « femme fatale » ou « rendez-vous »…
J’en ai découvert plein d’autres depuis mon arrivée aux Etats-Unis, dont voici un petit florilège, les plus drôles étant ceux qui… n’ont aucun sens en français !
La première surprise s’est présentée au restaurant lorsque, arrivés au dessert, on nous a demandé si on souhaitait notre tarte « à la mode ». Hum… Une tarte fashion ?? On a tous regardé la serveuse avec de grands yeux, puis elle a comblé nos lacunes : « à la mode », c’est avec une boule de glace ! On a tous dit « oui », bien sûr (si je disais le contraire, certains lecteurs s’empresseraient de démentir…). Notez qu’on vous aura au préalable demandé ce que vous voulez comme « Entrée » après votre starter. L’entrée est en effet le plat principal. Je vous ai déjà perdus ? Je vous rassure : Gourmet, Cordon Bleu ont le même sens en anglais.
Une autre expression a accroché mon oreille en écoutant la radio :
« the curve has plateaued » disait la journaliste.
Pas besoin de vous préciser de quoi elle parlait… To plateau, vraiment ? Yes indeed ! Sachant qu’en anglais, un substantif devient un verbe comme bon vous semble, on ne se prend pas la tête avec une académie américaine. Je plateau, tu plateaux, nous pla…tissons ? Je vous laisse y réfléchir.
Dans le même genre, il y a « to ricochet » ! Là aussi, on trouve aussi bien le nom que le verbe. The stone ricocheted off the water’s surface. Les entreprises quant à elle sont dans une période de possible « pivot » (et « to pivot ») : comment opérer un changement fondamental de stratégie lorsque vos produits ne sont plus adaptés à leur marché. Ou en l’occurrence, lorsque le marché se transforme radicalement en deux mois de temps.
Une autre mot français très courant côté cuisine, est « to sauté » : “gently sauté the vegetables in the fry pan”. Sautéed au passé. Parfaitement. Pour rester dans la thématique culinaire, il y a bien sûr crème de la crème : à prononcer « kwem de le kwem ». Le gratin. Comme en français, mais il me semble qu’on n’utilise plus trop cette expression en France.

J’aime bien « touché ! », l’équivalent d’un « joli ! », qu’on entend après une répartie bien sentie par exemple. Le vocabulaire guerrier a fourni d’ailleurs plusieurs autres frenchisms : coup de grâce, Lieutenant, un coup (pour coup d’état)…
Avec « faux-pas » on bascule côté mode, le fameux « fashion faux-pas » (pour moi : les claquettes-chaussettes, non vraiment, ça ne passe pas). Mais l’expression s’applique bien plus largement :
“that was definitely a faux pas”. Là, on sent qu’on a mis les pieds dans le plat.
Et si en plus c’est « déjà vu », c’est la cata. Has been grave.
Il y a « avant-garde » : it’s very avant-garde… Avec un petit air pincé c’est encore mieux, pas besoin de traduction ici. Gardons cette expression faciale très concentrée pour parler de carte blanche : we gave the decorator carte-blanche to furnish the house. Well, même sens qu’en français. Ajoutez avec un air mystérieux que votre décorateur a su apporter ce « je ne sais quoi » qui a transformé votre maison et on se pâme.
It’s so cliché… Là encore, on est plus à New York City que dans le fin fond du Texas ou dans la Corn Belt (les états du MidWest dont l’activité principale est l’agriculture). On parle cliché, non ?
En faisant quelques recherches, j’ai trouvé également « Risqué » : si votre adolescente adopte le short ras des fesses, sa grand-mère pourrait trouver que she’s risqué. En gros ça fait mauvais genre.
Pardonnez le lien opportun mais j’allais oublier cul-de-sac ! A prononcer couh deh sac, on parle là d’une impasse au sens premier du terme.
On utilise également liaison pour décrire une relation extra conjugale.
Si on vous demande votre Resume (prononcez résumé), n’essayez pas de synthétiser la brillante idée que vous venez de développer. C’est votre CV qui est attendu. Plutôt logique non ?
Je vous épargne certains termes juridiques très très spécifiques (voir dire, double entendre…), ainsi que les termes de danse classique qu’on retrouve à peu près littéralement sauf quelques exceptions rigolotes comme « chaînés » pour déboulés. OK ça ne fait rire que moi.
Vous pourrez aussi croiser : raison d’être, savoir-faire, quel dommage (plutôt ironique), par excellence, vis-à-vis (versus)… Cette liste n’est pas exhaustive, bien sûr.
Vous avez connaissance d’autres frenchisms insolites ? N’hésitez pas à contribuer !