LMA#4 — Washington Ville Musée

Washington DC, bien que capitale, est loin d’être la première destination des français. On connaît finalement assez peu cette ville, hormis la Maison Blanche bien sûr. Elle est évincée par les lumières de New York, les palmiers de Miami et les paillettes de Los Angeles…

Or la ville aux cherry blossom a bien des attraits pour le visiteur, l’un d’entre eux étant la multiplicité de ses musées, dont de nombreux gratuits. Cet argument étant totalement contre-productif si vous avez des ados, je procurerai sur demande quelques idées plus sexy pour faire passer la pilule…

Museum of African American History, Washington DC, pendant le cherry blossom @LaMinuteAmericaine

Si vous pensiez que tous les Renoir, Degas, Monnet, Van Gogh, etc… étaient en France, voire en Europe ou, allez, à New York, vous allez tomber de votre chaise. Sans parler des Matisse, Modigliani, Picasso… La richesse des différentes collections est impressionnante.

Ah, ça y est, je parle d’argent. Nerf de la guerre quand on considère un marché de l’art relativement récent… Un coup d’œil à ma LMA#1 nous rappelle que les Etats-Unis n’ont conquis leur indépendance et créé leur capitale que fin 18è, et que les américains étaient jusque-là principalement occupés à faire pousser de quoi subvenir à leurs besoins. L’art était loin d’être une priorité.

Le 19è siècle voit les choses évoluer en même temps que le développement et l’industrialisation du pays.

Des immenses fortunes se créent, une bourgeoisie prend forme qui voyage, se construit des hôtels particuliers luxueux et y reçoit.

Parfois sans héritier, ils lèguent alors qui leur fortune, qui leur maison, qui leur collection d’art, voire le tout.

Ainsi en est-il de la Philipps Collection dans le quartier de Dupont Circle. Une très grande demeure en brique, qui fut la maison familiale des Philipps, lui businessman de Pittsburg, elle héritière d’un empire de l’acier. Le plus jeune fils, Duncan, est passionné d’art. Il sort de Yale en 1908 et publie The Enchantment of Art en 1914. Deux ans plus tard, son frère et lui démarrent une collection à partir d’une dotation donnée par leurs parents… On n’est pas tous égaux.

Phillps House, 1900 @philippscollection.org

En 1921, la collection devient musée en mémoire du frère et du père décédés. Elle n’a fait que s’enrichir depuis, les Philipps présidant au Board de l’institution.

Le Marabout et les quatre grenouile, PIerre Bonnard ©LaMinuteAmericaine

J’ai vu à l‘automne dernier la superbe exposition sur les Nabis avec notamment ce magnifique paravent de Bonnard.

Et là encore, surprise :

les 40 œuvres de cette exposition temporaires appartiennent à un couple de milliardaires américains, les Sant.

Vicky Sant a participé pendant 30 ans au Board de la Philipps Collection. Son mari venant de décéder, elle a annoncé le don des 40 œuvres en 2021.

Juste pour votre prochain voyage à DC, sympa non ?

Un autre musée privé incroyable est à ne manquer sous aucun prétexte. Il se mérite car en dehors de DC et sur réservation uniquement.

Il faut être poète ou magicien pour parvenir à rendre compte d’une visite au Glenstone museum, Potomac. Ceux qui ont vécu l’expérience me comprendront, les autres… n’ont plus qu’à prendre leur billet.

Il faut être alchimiste ou rêveur d’infini pour concevoir cet endroit. On doit The Gallery, premier bâtiment de 2006, à Charles Gwathmey puis à Thomas Phifer les bâtiments les plus récents (2018) et plus spectaculaires à mon sens.

On suit pour arriver à Glenstone une route ponctuée de demeures incroyables et superlatives où la simplicité n’a pas sa place. Glenstone est tout l’opposé.

The Glenstone Museum, Potomac ©LaMinuteAmericaine

Lignes verticales et horizontales se coupent et se fuient ; le béton, le verre et le bois se répondent, réunis par l’eau ; le jour de ma visite, la nature ajoutait sa palette hivernale de jaunes et verts. Cela pourrait être froid et distant, c’est doux et enveloppant.

Il faut enfin être richissime et amateur d’art affuté pour avoir rassemblé cette incroyable collection d’art moderne : Calder, Modigliani, Rothko, Basquiat, Koons, Wharol, Hardings pour les plus connus… Le tout sur des murs blanc immaculé et dans la lumière naturelle permise par les ouvertures et les puits de lumière.

Mitchell Rales est classé #152 des fortunes américaines avec un patrimoine de 4,5 milliards de dollars.

La collection est estimée à 1,2 milliards de dollars.

Sa femme Emily Wei Rales est conservateur du musée ; elle est diplômée en art et a travaillé au Guggenheim de New York puis dans différentes galeries. Ils habitent une magnifique maison moderne sur le domaine.

Le musée se concentre sur la période post WW2, principalement 60s à 80s, mais propose également des œuvres d’artistes contemporains.

Pas de visite guidée ici mais des guides en tenue grise sobre et design répondent aux questions des visiteurs.

Le temps de ce vendredi de décembre était frais et peu ensoleillé mais lumineux, faisant ressortir les contrastes. On imagine que le changement des saisons impacte beaucoup l’impression globale que l’on a de ce lieu. Car l’art est également et largement en extérieur. On découvre ainsi au fur et à mesure de sa balade et au gré du relief une installation sonore, des sculptures, des installations. Evitez donc si possible les jours de pluie ! Mais allez-y.

Je ne saurais écrire sur les musées de DC sans parler des Smithsonians. A l’origine de cette institution, une histoire insolite. James Smithson est un chimiste et géologue anglais du 18è siècle qui inventa la calamite notamment et publia beaucoup en son temps. A son décès en 1829 et sans héritier direct, il lègue ses biens à son neveu mais à une condition : si lui-même n’avait pas de descendance directe, sa fortune devait servir à la création à Washington DC (où il n’avait jamais mis les pieds) d’une institution éducative qui s’appellerait The Smithsonian Institution. Le neveu resta célibataire et l’on avertit donc le président Andrew Jackson de ce don. On débattit ardemment au Congress et décision fut prise d’accepter don et conditions du don, notamment que le montant de 560.000 dollars de l’époque, serve au

« développement et à la diffusion du savoir entre les hommes ».

Les Smithsonian regroupent aujourd’hui 19 musées fédéraux dont à 13 à DC plus le Zoo : histoire, sciences, arts, cultures, air et espace… Une première particularité : ils sont tous gratuits ! Une deuxième : ils sont presque tous au même endroit, sur le fameux National Mall, à proximité des différentes institutions fédérales, du Capitole, de la Maison Blanche et des Mémoriaux.

Sculpture Garden ©LaMinuteAmericaine

Mes coups de cœur ?

A la National Gallery : l’aile des impressionnistes et l’aile américaine (superbes Sargeant notamment), l’impressionnante collection de sculptures de Degas et le coq bleu sur la terrasse de l’aile moderne ; le Museum of African American History, très interactif et qui vous remue ; le petit mais superbement fleuri jardin botanique ; le sculpture garden…

Il y en a plein d’autres, déjà visités ou sur ma To-Do List. L’occasion d’une autre LMA…

A noter que la plupart des musées cités ont créé de nombreux contenus en ligne en ces temps de Covid19.


Leave a comment