LMA#5 — Thank you, congratulations, you’re amazing !

Les Américains ont le don de vous booster. Déjà, ils ont globalement la banane. Autant le cliché des Français râleurs est…vrai, autant le cliché des Américains hyper positifs est…vrai.

Quelques exemples vécus comme j’aime à vous en donner :

Je suis au supermarché, et l’employé qui réapprovisionne les étagères vous gratifie d’un “How are you ?” ensoleillé. En France, si le Chef de Rayon de chez Intermarché vous dit “Bonjour, comment allez-vous aujourd’hui ?” avec un grand sourire, ne me dites pas que vous n’allez pas le regarder d’un air dubitatif ! Vous soupçonnerez soit le plan drague, soit la bière de trop à la pause déjeuner, ou en dernier recours la crise de surmenage. Ici, c’est tout à fait normal. C’est ce que j’ai réalisé après être passée par le stade précédemment décrit. Il est d’autant plus normal et recommandé de lui répondre soit par la même question, simple échange de politesse, ou de carrément lancer la conversation si vous le sentez :” I’m great, thank you ! What a nice haircut you got, I love it !”. Parfaitement.

Car l’Américain congratule. On le pense, on le dit ! A mon arrivée, j’ai passé pas mal de temps dans les magasins de bricolage, déco, etc… pour finaliser notre installation dans une maison plus grande qu’en France. Pas une semaine sans un : “I love your dress !”, “I love your spectacle frame !”, “I love your shoes !” sous le regard ébahi de mes garçons. Et je ne parle pas là de flatteries de vendeurs/ses. Non, cela vient de la personne que vous croisez dans les rayons ou qui fait la queue derrière vous. Quant à ma doudoune dorée cet hiver, un succès spectaculaire. Même un homme (ce qui est quand même plus rare, des fois que je dégaine la plainte pour harcèlement) m’a dit qu’elle était so cool.

Je dois préciser ici que je ne suis ni un top model, ni une influenceuse au look instagramé. J’essaie juste de me plaire un minimum quand je m’habille.

Or l’Américain va à l’essentiel.

En pyjama pour aller à l’école (en dehors du pyjama day bien sûr) ? No problem et véridique. En chaussons d’hôtel au supermarché ? No problem et véridique. En jogging/leggings en dehors de votre cours de yoga ? Généralisé. Trop, vraiment.

Alors forcément, en robe même très (trop ?) sobre chez Home Depot où il y a aussi tout ce qu’il faut, ou en doudoune dorée hors des pistes d’Aspen, ça vous met de suite en valeur. Mais je m’égare… voire, je fais ma française…

L’Américain est généralement content de vous rencontrer. De parler du beau temps dans la queue du musée ou de vanter les produits du crémier sur le marché. De vous accueillir en voisin dans votre quartier, en nouvel élève dans votre école. Un jour où nous étions en balade devant la Maison Blanche, à faire la photo traditionnelle, un Américain nous ayant entendu parler français est venu vers nous. En cinq minutes, nous savions qu’il était là avec sa famille et des amis venant du Brésil, que c’était son dernier jour de carrière militaire, qu’il venait de se changer mais avait fait la visite de la Maison Blanche en uniforme avec sa famille, que sa soeur parlait français car avait vécu en France, que lui parlait russe et allemand (quand même) mais que le français, non, c’était vraiment trop dur, et pourquoi on était aux Etats-Unis, pour combien de temps, super, great, welcome, God bless you. Puis il est reparti rejoindre sa famille.

Autre expérience : le bénévolat. Ici, le volunteering est une institution, mais ce sujet demande une LMA à lui tout seul. Il est donc normal et même plutôt attendu de donner du temps. N’empêche : l’Américain va vous remercier dix fois et vous dire que vous avez fait un “amazing job” ou encore mieux : “awsome”, que vous êtes “so nice”, y compris pour un coup de main vraiment limité. Là encore, je l’avoue humblement, je suis passée par l’étape sourcil relevé et blanc dubitatif dans la conversation : “si elle me remercie autant, c’est que… soit elle veut m’en demander deux fois plus, soit ce que j’ai fait ne lui convient pas du tout et elle veut se débarrasser de moi au plus vite, soit elle est en train de se payer ma tête bien comme il faut devant une caméra cachée sans pitié !”.

Pas du tout : il s’agit là de l’expression la plus sincère et naturelle de sa gratitude.

Car j’ai beau faire ma maline et vous enrober tout ça d’un peu d’arrogance ironique, quel plaisir de vivre ces petits plaisirs au quotidien. Croiser des gens souriants “par défaut”, dire merci, féliciter pour chaque petit pas en avant, encourager et être encouragé. Une bienveillance naturelle ici. D’où vient-elle ?

La réponse évidente tient dans le modèle éducatif profondément différent du nôtre. Je reviendrai en détail dans une prochaine LMA sur l’école aux US car, là encore, il y a matière. Mais l’une de ses composantes est sans nul doute la bienveillance et l’encouragement. On note les avancées positives, on les formule plutôt deux fois qu’une, et on enrobe les difficultés de telle façon qu’elles paraissent surmontables. On donne des awards et des diplômes “en chocolat” dès le plus jeune âge, des cérémonies de graduation plus tard, on flatte l’égo, on booste à fond la confiance en soi. Trop parfois car lorsque le jeune adulte se confronte à la réalité de l’emploi notamment, le choc est parfois brutal. On décide aussi très tôt de mettre de côté certaines matières au profit de celles où l’on est meilleur.

Mais quel atout pour cette jeunesse de croire que tout est possible, qu’ils sont doués, voire meilleurs, qu’ils n’ont qu’à essayer, que s’ils tombent ils n’auront qu’à se relever puis réessayer.

Un conditionnement à vie, un état d’esprit qui se heurte bien sûr aux aléas, mais qui donne aux Américains ce sourire, cette gnaque, cette envie et cette aisance à aller vers l’autre, cette capacité à prendre la parole, à dire merci, et bravo.


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