LMA#7 — (2/2) Le monde mystérieux des élections présidentielles américaines

United States House of Representatives

Suite de la LMA#6

J’espère que vous y voyez maintenant un peu plus clair dans le processus de désignation des candidats de chaque parti aux élections présidentielles, ainsi que dans le processus électoral lui-même.

Ce qu’il faut retenir du processus électoral :

  • il se déroule au suffrage indirect
  • il n’est pas proportionnel au nombre de votes engrangés mais fonction du nombre d’Etats et d’Electors remportés.

En effet, hormis dans deux Etats, c’est le principe du “winner takes it all” (le gagnant remporte tout) qui est en place. Ainsi, pour chacun de ces Etats, quelle que soit la différence de vote entre chaque candidat, celui qui gagne permet à l’ensemble de ses Electors (son “slate of electors”) de voter pour lui lors de la réunion des electors.

Que X ait gagné à 51% contre 48% pour Y, ou qu’il ait raflé la mise à 75%, c’est idem.

Par conséquent, lorsque les résultats sont serrés dans de nombreux Etats, il peut arriver que la somme des votes individuels désignent un candidat (Hillary Clinton en 2016) alors que le nombre de grands électeurs envoyés au vote final est finalement favorable à son adversaire (Donald Trump la même année).

Le fait qu’il n’y ait pas de proportionnelle, même pour partie, a conduit au renforcement de deux partis essentiellement : les Républicains et les Démocrates. Les Conservative, Libertarian et autres Green parties vont bien proposer des candidats mais aucun n’aura la force de frappe nécessaire pour remporter une élection présidentielle.

Election day : de multiples cases à cocher

L’autre importante particularité de ce processus électoral est que le citoyen américain est amené à voter pour plusieurs élections le même jour et en même temps. Non seulement il sélectionne son candidat à la présidentielle, mais il va également voter pour, notamment :

  • le renouvellement de la totalité des Représentants à la Chambre
  • un tiers des sénateurs.

Ces derniers sont élus pour six ans avec renouvellement d’un tiers tous les deux ans ; pour rappel deux sénateurs par Etat.

Les représentants de la Chambre n’ont des mandats que de deux ans ! Leur nombre par Etat est proportionnel à la population de cet Etat (voir LMA#6).

Et on ne s’arrête pas là : on optimise le déplacement ! Etat par Etat, on est également amené à voter pour des mandats de Gouverneur de l’Etat, de State Attorney General, mais aussi les représentants à la Chambre de l’Etat.

Peut-être est-il utile de préciser ici que chaque Etat à son propre Congrès : sa propre Chambre des Représentants locale et son propre Sénat…

Beaucoup de cases à cocher donc, et autant de risques de se tromper…

Une autre date importante se dessine : le Mid-Term.

En effet, deux ans après l’élection présidentielle, les américains retournent aux urnes pour une échéance souvent décisive. Ils doivent élire de nouveau la totalité de leur représentants à la Chambre et un tiers des sénateurs. On comprend que ces élections de Mid-Term servent de confirmation ou de sanction pour le gouvernement en place. En cas de bascule du pouvoir législatif, le Président peut voir sa capacité d’action fortement réduite.

Ainsi lors des élections de mid-term du premier mandat d’Obama, les Démocrates perdirent la majorité à la Chambre des Représentants. Celles du deuxième mandat lui firent perdre en plus le Sénat. Compliqué d’avancer dans ces conditions. Un peu comme les périodes de cohabitation que nous avons vécues en France dans les années 80 et 90.

Petite digression. Je ne résiste pas l’idée de vous transmettre l’anecdote suivante trouvée lors de mes recherches, sur la vision de la cohabitation française par la Maison Blanche :

En décembre 1972, à la veille des élections législatives françaises de 1973, le président Georges Pompidou est dans une situation difficile, car son dernier gouvernement en date voit sa réputation ternie par des scandales financiers à répétition. Devant la montée dans les sondages du Parti socialiste dirigé par François Mitterrand, le Secrétaire d’État des États-Unis William P. Rogers écrit au président Richard Nixon un mémo le 19 décembre 1972 (The Upcoming French Elections), où il indique au président la possibilité que la gauche gagne sous un président de droite ; Henry Kissinger, quelques jours plus tard, rédige un autre mémo qui estime que, si la gauche l’emporte, Pompidou aura le choix entre “nommer Mitterrand Premier ministre et tenter de le contrôler ; dissoudre l’Assemblée et appeler à de nouvelles élections ; invoquer des pouvoirs d’urgence. Ces options sont toutes déplaisantes” (Nouzille, Vincent., Les dossiers de la CIA sur la France, 1958–1981 : dans le secret des présidents, Paris, A. Fayard-Pluriel)


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