LMA#15 — The American Way (2)

(c) LMA – Rock Creek Park, DC

Découvrir un pays, ce sont quelques grandes surprises mais aussi et surtout une multitude de petits étonnements… C’est ce que je propose de vous faire partager dans la série “The American Way que je complèterai régulièrement. On n’est jamais loin de la caricature, mais tout aussi près de la réalité !

Good is not enough

Quand en France votre manager vous dit, dans un de ses bons jours, que vous avez bien bossé, pfou, vous emmagasinez toutes les bonnes ondes que ça représente et vous redressez le torse. Ici, si votre boss vous dit “it’s good…”, vous pouvez commencer à faire votre carton. Good is not enough : faire bien n’est pas suffisant. Cela doit être au moins “great”, bien sûr “amazing”, “tremendous”, voire “outstanding”. Pas moins. Et ça vaut dans l’autre sens : lors de votre prochain entretien d’évaluation, ne vous imaginez même pas vous auto-évaluer avec l’équivalent d’un “atteint ses objectifs”. Tout le monde “over achieve”. Question de vie ou de mort… professionnelle. Plus d’un manager français s’est brûlé les doigts à l’exercice du feedback auprès de son équipe américaine ! Commencez impérativement par dire ce que la personne a fait de bien, puis parlez de zone d’amélioration. Pour creuser le sujet et éviter les boulettes, je vous recommande notamment le livre Can we agree to disagree d’Agathe Laurent et Sabine Landolt.

Ici on ne coupe pas les arbres…

(c) Skip Brown

Larégion de Washington DC, où j’habite, est très verte. La ville elle-même est très peu dense et ponctuée d’espaces verts, et quelques miles suffisent pour rejoindre un state park ou national park pour randonner. Si je n’ai pas trouvé jusqu’à présent que les Etats-Unis brillaient par leur sens de la protection de l’environnement, j’ai été surprise de voir qu’ils faisaient néanmoins preuve d’un certain pragmatisme écolo. Les arbres morts sont ainsi laissés sur place jusqu’à ce qu’ils tombent, abritant encore debout les oiseaux et notamment le pic vert, et faisant une fois tombés le régal des insectes, avec des termitières et fourmilières parfois impressionnantes. L’arbre est tombé en travers d’un chemin ? On tronçonne simplement la partie gênante. Hors des espaces protégés, on applique quasiment la même règle ou presque dans les jardins. En tant que française, je suis effarée de voir une abondance d’arbres de 30 mètres de haut border des maisons. Je ne peux pas m’empêcher de les imaginer chuter et couper la maison en deux. Mauvais souvenir d’enfance, certes, mais vous m’accorderez qu’on voit rarement en France des arbres aussi haut à 10 mètres d’une maison. Quand on connaît la propension des Américains à dégainer le procès, c’est d’autant plus surprenant. Mais quel régal d’avoir comme voisins ces immenses peupliers, tilleuls, chênes, magnolias, ormes et érables…

… Et la ville ramasse les feuilles

Conséquence du point précédent, l’automne voit les jardins se charger de bonnes couches de feuilles. Pragmatisme encore sans doute bienvenu, la ville passe en général à deux reprises à l’automne ramasser et broyer les parfois très gros tas de feuilles que vous aurez rassemblés sur votre frontyard, au bord de la route. Je précise néanmoins que je parle de la ville ou j’habite, et qu’il ne faudrait surtout pas généraliser. Si (est-ce possible ?) vous n’avez pas encore lu mes autres articles, je le répète : ici énormément de sujets se décident à un niveau plus ou moins local.

Ici le sport est un investissement

Les enfants et ados américains terminent en général leur journée de cours à 14h30. Ils ne filent pas s’encrouter devant leur écran pour autant (enfin, hors Covid, s’entend…). C’est à ce moment que commencent les activités, notamment le sport. La plupart des écoles ont des clubs de sport auxquels les élèvent peuvent adhérer. Le cas échéant, vous n’êtes pas là (que) pour rigoler ou juste passer le temps. Idem d’ailleurs pour les clubs hors cadre scolaire. Il n’est pas rare d’avoir entrainement, pour une même activité, chaque jour de la semaine pour 1 ou 2 heures, et ce dès le collège, voire plus tôt. Quand je dis qu’on n’est pas là pour rigoler, attention, on est aux Etats-Unis, donc la bienveillance et les encouragements sont de mise. Néanmoins, parce que justement on est aux Etats-Unis, on entre très tôt dans un système de performance : sélection à l’entrée (“try-outs”), entraînements réguliers et rigoureux, et compétitions tous les week-ends. S’il est comme partout question d’épanouissement, de santé physique, etc…, il s’agit également de construire son futur dossier d’admission pour l’enseignement supérieur.

Persévérer dans une même activité, pouvoir montrer ses résultats améliorés année après année, indiquer qu’on a été capitaine d’équipe, sont autant d’éléments différenciants.

L’objectif ultime est d’afficher des performances de haut niveau : c’est un sésame qui peut vous ouvrir l’accès à certaines universités qui vous accorderont une bourse pour venir défendre leurs couleurs lors des championnats universitaires. Le sport universitaire est en effet très développé et financièrement puissant ici. Il n’est d’ailleurs pas rare de voir des “recruteurs” venir assister à des compétitions de lycéens. Excellent pianiste ou danseur ? Votre talent a également de la valeur. Quand on connaît le prix des études universitaires aux Etats-Unis, on comprend que le sport soit, aussi, un investissement sur l’avenir.

Vous avez peut-être entendu parler des “soccer moms” (prononcez “sockeur”) – eh oui, il y a plus de soccer moms que de soccer dads…- : ce sont les mères qui accompagnent leur progéniture sur les lieux d’entraînement et de compétition, plus ou moins éloignés en fonction du niveau, tout au long de la saison. Si vous voulez rappeler que vous êtes français, demandez donc comment s’organise le co-voiturage ! Co quoi ? Que nenni, on compte sur vous pour venir encourager votre mini moi…

Enfin, si vous serrez un peu les dents lorsqu’il vous faut signer à la rentrée le chèque pour l’année de foot, de tennis ou de clarinette, dites-vous qu’ici aux US c’est probablement le prix… d’un trimestre.

Ici on travaille après l’âge de la retraite

Il y a quelques mois, alors que j’accompagnais chez le médecin une dame qui avait besoin d’assistance, elle me confia au détour de la conversation qu’elle travaillait encore 4 ans auparavant à la Maison Blanche. Je n’ai pas osé lui demander son âge mais je l’imaginais avoir dans les 90 ans…

Il n’est pas rare par ailleurs de croiser parmi les employés de supermarché une personne dans ses 80 ans.

Deux typologies très différentes de retraités toujours actifs.

Les premiers n’ont pas envie de s’arrêter : ils ont toujours énormément travaillé, à l’américaine ; ce sont en général des cols blancs, ils ont des jobs intéressants et ne se projettent pas sans ce lien social et ce rythme de vie. Et comme on est au quasi plein emploi, ils ont toute leur place.

Les deuxièmes n’ont simplement pas assez avec leur pension pour vivre décemment. La retraite à taux plein est normalement aux Etats-Unis à 67 ans sachant que, notamment, beaucoup de femmes se sont arrêtées pour élever leur(s) enfant(s). Certains ont vu leurs économies disparaître avec la crise de 2008, soit directement, soit indirectement après que leur fonds de pension privé a explosé en vol. Ce sont donc des emplois à plein temps si nécessaire, ou des mi-temps qui permettent de boucler les fins de mois ou de se permettre quelques extras. Autre argument de taille : qui dit emploi, dit assurance santé. Comme sur beaucoup de sujets ici, le clivage est extrêmement important.

Ici, on ne dit pas “Bon courage”

Appel à la population : si vous avez une traduction de “bon courage” en anglais, je suis preneuse ! Peut-être parce qu’ils voient le verre à moitié plein lorsque nous le voyons à moitié vide, les Américains ne souhaitent pas bon courage. Il est vrai que dans “bon courage”, il y a “c’est pas gagné”, “ça va faire mal”, ou encore “ça va prendre du temps”… Ici, on sera davantage sur du “tu vas y arriver”, “ça va le faire”. Ou alors, “God bless you”, que Dieu t’accompagne. A méditer.


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